Les agrocarburants pourraient présenter un bilan écologique médiocre

L’usage des agrocarburants ne permettrait pas systématiquement de limiter les émissions de gaz à effet de serre, et il serait plus efficace de conserver les milieux naturels en bon état : telle est la conclusion d’une étude parue dans la revue Science, vendredi 17 août, et cosignée par Renton Righelato, du World Land Trust, une organisation de conservation des écosystèmes, et Dominick Spracklen, de l’université de Leeds (Grande-Bretagne).

Le bilan écologique des agrocarburants est souvent critiqué sur la base de la comparaison entre l’énergie dépensée pour les produire et celle qu’ils fournissent. Le solde est généralement assez médiocre, voire négatif.

Mais la démarche de Renton Righelato et de Dominick Spracklen est plus originale : ils ont cherché à comparer les émissions de gaz carbonique économisées par les cultures d’agrocarburants et celles évitées par d’autres usages du sol. En collationnant nombre d’études, ils ont confronté les bilans des usages du sol : canne à sucre, blé, maïs ou betterave destinés à la production d’éthanol ou de diesel, conversion de forêts tropicales en cultures, conversion de cultures en forêts, etc.

Par exemple, la culture du blé pour faire de l’éthanol permet d’éviter, par la substitution au pétrole, entre 0,2 et 0,6 tonne de gaz carbonique par hectare et par an. Mais la conversion, aux Etats-Unis, de cultures en forêts de pins permet (par la croissance des arbres) d’économiser 3,2 tonnes de gaz carbonique par hectare et par an. Mieux vaudrait donc faire pousser des arbres que cultiver des céréales destinées à faire rouler des automobiles.

La canne à sucre a le meilleur rendement des agrocarburants existants : près de 2 t/ha d’émissions évitées. Mais c’est beaucoup moins que ce que permettrait d’économiser la transformation de cultures en forêt tropicale (entre 4 et 8 t/ha), et désastreux si la canne à sucre se développe par la déforestation (qui « coûte » près de 200 t/ha par an d’émissions).

Au total, constatent les chercheurs, si les responsables politiques veulent privilégier le bilan écologique, « ils seraient mieux avisés de se concentrer sur l’amélioration de l’efficacité énergétique des combustibles fossiles, de conserver les forêts et les savanes, et de restaurer les forêts naturelles et les prairies sur celles des terres qui ne sont pas nécessaires pour l’alimentation ».

Cette démarche présenterait de surcroît des avantages en matière de biodiversité et de santé des écosystèmes.

Article paru dans l’édition du monde du 18.08.07.

Il doit être intéressant de lire l’article directement paru dans nature car cette synthèse laisse de nombreuses interrogations. Par exemple elle ne parle pas de la capacité d’amélioration techniques des culture et de la production des agrocarburants. Elle donne en plus les valeurs des émissions de gaz carbonique économisées en tonnes de CO2 par an mais elle ne dis rien sur l’évolution de ces valeurs au cour du temps. On ne peut pas donc connaître le bénéfice apporté sur une longue période : la valeur qui nous intéresse si on veut déterminer une politique de réduction des gaz à effet de serre sur le long terme. De plus la conclusion ne parle en rien de la solution pour l’après-pétrole où même une efficacité énergétique parfaite des combustibles fossile ne nous sera d’aucune utilité.

Par contre cette analyse à le mérite de poser le problème de la réduction des émissions sur une approche plus globale qu’à l’accoutumé : la recherche d’une solution optimum tant en terme de gaz que de sauvegarde de la biodiversité et des écosystèmes.