Coup dure pour l’Irlande

Je sentais déjà l’été dernier un début d’essoufflement pour l’Irlande. Ce pays à la croissance folle depuis près de 20 ans conserve une économie fragile, basé énormément sur quelques multinationale. Malheureusement, selon l’Economic And Social Research Institute (ESRI) l’Irlande va plonger cette année dans la récession. Article du monde du 24 juin 2008.

L’institut d’études économiques, très réputé dans l’île, table désormais sur un repli de 0,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2008. Prévisions identiques d’un recul de 0,4 % pour le produit national brut (PNB) qui ne prend pas en compte les bénéfices des nombreuses compagnies étrangères présentes en Irlande. Lors de ces dernières prévisions publiées en mars dernier, l’ESRI prévoyait une croissance de 1,8 % du PIB et 1,6 % pour le PNB. Une telle récession serait la première depuis 1983 a remarqué l’ESRI, qui n’a cessé de revoir à la baisse ses prévisions depuis l’éclatement de la crise financière internationale l’été dernier.

LA CONSOMMATION EN PANNE

Le choc serait d’autant plus douloureux que l’Irlande affichait jusqu’ici des taux de croissance parmi les plus élevés en Europe. Celui-ci avait dépassé 10 % au début de la décennie, et s’élevait encore à 5,3 % l’an dernier. Mais depuis le printemps, la morosité s’est répandue dans l’économie et a sapé un moteur essentiel de la croissance du “tigre celtique” : la consommation des ménages. “Dans nos précédents bulletins, l’abaissement des prévisions s’expliquait par l’accélération du retournement du secteur du BTP. Cette fois, c’est la révision à la baisse de la consommation qui a contribué le plus au nouvel abaissement”, a indiqué l’ESRI, qui ne table plus que sur une hausse de 1 % de la consommation cette année, contre 6 % en moyenne les trois années précédentes.

Cette récession annoncée risque donc de compliquer la tâche du nouveau premier ministre, Brian Cowen, qui a succédé le mois dernier à Bertie Ahern. Alors que le règne de son prédécesseur avait été marqué par une vague de prospérité exceptionnelle et l’accord de paix historique en Irlande du Nord, M. Cowen voit déjà les soucis s’accumuler, avec le rejet du traité de Lisbonne par les électeurs irlandais. Autre conséquence, l’Irlande, qui avait accueilli de nombreux immigrés ces dernières années, et notamment des contingents importants d’expatriés américains et européens, devrait redevenir une terre d’émigration : elle devrait enregistrer 20 000 départs nets l’an prochain, a prédit l’ESRI.