La crise du marché subprime

Les bourses font des caprices depuis une semaine. Le CAC40 est retombé à son plus bas niveau depuis le début de l’année et toutes le bourses mondiales suivent la même dynamique. Pourtant cette crise était annoncé depuis plusieurs mois (alternative économique de Mai 2007 par exemple). Mais pourquoi une tel crise?

Il faut savoir qu’aux états-unis, aux royaumes-unis ou aux pays-bas il est possible d’emprunter pour acquérir une maison en fonction de ses revenues (comme en France) mais aussi en fonction du prix du bien immobilier. La banque estime que si le ménage sera dans l’incapacité de rembourser son prêt (ce qui est souvent le cas dans les crédits subprimes) elle pourra se rembourser en revendant la maison. Comme le marché immobilier est en perpétuelle hausse depuis plus de 10 ans (+170% en 10 ans aux royaumes-unies) ce calcul est relativement rentable.

Cependant, en cas de ralentissement de l’activité économique et de baisse des prix de l’immobilier les ménages n’arrivent pas à rembourser leurs prêts et la revente de la maison n’entraine pas de plus value. La revente des biens immobilier accélère encore plus la baisse du marché.

Mais la crise des “subprimes” vient en fait d’une politique de monétisation des actifs par titrisation des crédits immobiliers. Le mécanisme est le suivant : les banques cèdent à des investisseurs spécialisés des paquets de crédits. Ces investisseurs émettent des obligations et ces obligations sont ensuite vendues à différents investisseurs et c’est ainsi qu’un mauvais risque immobilier peut se retrouver dans une sicav de trésorerie. C’est le cas de la BNP Paribas, qui a annoncé, le 9 août, le gel de trois de ses Sicav, qui avaient massivement investi dans titres adossés à des subprimes. Cette annonce a provoqué une brutale crise de défiance, les banques hésitant à se prêter de l’argent entre elles, ce qui a fait remonter brusquement les taux d’intérêt. La crise du crédit immobilier s’est alors transformée en une crise monétaire et bancaire.

Les banques centrales sont très massivement intervenues pour injecter de l’argent frais dans le système bancaire afin d’éviter une crise systémique, c’est-à-dire des défaillances en chaîne de banques ou de grands établissements financiers. La Banque centrale européenne (BCE) a ainsi injecté plus de 200 milliards d’euros, bien plus qu’au lendemain des attentats du 11-Septembre, tandis que la Réserve fédérale américaine (Fed) a offert 90 milliards de dollars (67 milliards d’euros).

Comme ça, on dirait que c’est simplement une grosse correction boursière comme le capitalisme en produit de plus en plus régulièrement qui une fois le prix du subprime payé (on l’estime à plus de 300 milliards de dollars, finalement pas grand chose dans l’économie mondiale) se rétablira tranquillement.

Et bien j’ai peur que ce soit un peu plus difficile que ça!

Les états-unies sont aujourd’hui le centre névralgique du capitalisme mondialisé. Les échanges mondiaux se font en dollars et le déficit de sa balance commerciale est titanesque . Il a commencé à explosé à partir de 1998. De 150 Milliards en 1997 il a atteint le niveau hallucinant de 763 Milliards l’année dernière. Cette hyperconsommation produit une dette extérieure grandissante ; une dette publique au travers du déficit budgétaire, mais aussi ce qui est moins connu, une dette privée au travers de l’endettement des ménages. Ces dettes sont financées par le reste du monde sous diverses formes : actions, obligations, acquisitions de bons du trésor, investissements directs, condamnations en justice, etc. On estime que les Etats-Unis drainent vers leur économie 70 % de l’épargne mondiale !

Les investisseurs qui financent le système Américain sont principalement les pays asiatiques (la chine investis une grande partie de sont excédent commerciale dans les bons du trésor Américain) mais aussi tous les épargnants de la planète qui placent leurs économies dans des produits financiers investis aux Etats-Unis (peut être vous aussi si vous possédez des SICAV chez BNP Paribas).

Ce qu’on qualifie aujourd’hui de « crédits à risques » n’a en fait été possible que compte tenu d’une croyance totalement irrationnelle des milieux bancaires dans une augmentation infinie de la valeur des actifs immobiliers et de la capacité de l’économie américaine de drainer vers elle toujours plus de capitaux pour soutenir cette hausse des cours. Aussi, le système était condamné à exploser dès lors que les cours se mettraient à baisser, notamment sous l’influence d’une remontée des taux.

Le problème n’est pas lié à un excès d’enthousiasme dans une nouvelle économie ou de nouvelles technologies comme pour la bulle Internet. Il est cette fois fondamentalement lié à un excès de confiance des milieux financiers dans l’économie américaine. Pour la première fois, le caractère virtuel de la première économie du monde apparait au grand jour. Sa richesse n’est assise que sur sa capacité à drainer vers elle les capitaux du monde entier et à faire flamber les indices. Au passage, les établissements financiers prélèvent leur dîme pour faire tourner une délirante économie-casino, et la société américaine, obèse et décadente, se charge de dilapider ces fonds dans sa folie de surconsommation.

Tout les ingrédients du crise beaucoup plus grave et plus longue sont donc réunis. La crise des subprimes touche le système économique mondial en plein cœur : la confiance dans les l’économie américaine et son système financier.

Scénario d’un jeudi noir que personne ne veut :

Les financiers perdent peu à peu confiance dans la santé de la première économie du monde. Les Pays asiatiques rechignent de plus en plus à placer leurs excédents commerciaux en bons du trésor américains. Les banques d’affaires n’investissent plus dans les obligations gagées sur des emprunts immobiliers américains. Les flux des capitaux internationaux vers les Etats-Unis commencent donc à se tarir. Le crédit devenant plus rare, la FED est contrainte d’augmenter ses taux, ce qui accélère la chute des valeurs immobilières, augmente le nombre de défaillance des ménages américains et le montant des pertes pour les marchés financiers, ce qui renforce encore leur défiance à l’égard de l’économie américaine.

Cette crise de confiance dans l’économie américaine entraîne un effondrement du dollar, ce qui casse la consommation américaine si dépendante des importations. Les Etats-Unis entrent en récession. La crise se propage alors dans les pays d’Asie qui voient leur principal débouché mondial se fermer. La chine se retrouve dans une situation de surcapacité, ce qui entraîne des faillites.

Les deux plus grandes économies du monde, si dépendent l’une de l’autre, entrent dans une crise aussi simultanée que profonde. Personne ne peut (veut) prédire la suite …