La vraie nature des nanobactéries

Dix fois plus petites que des bactéries et entourées d’une coquille de calcium, les nanobactéries sont impliquées dans de nombreuses maladies comme la formation des calculs rénaux.

Seulement voilà, la nature exacte de ces minuscules particules reste très controversée. Pour ses découvreurs finlandais, il s’agit d’une forme de vie primitive. Pour d’autres, ce sont des particules inertes. Après plusieurs années de débats, des chercheurs du CNRS et de l’Inserm apportent la preuve définitive que les nanobactéries ne sont pas des micro-organismes mais des complexes de minéraux et de protéines.

C’est en 1998 que l’équipe finlandaise d’Olavi Kajander isole, chez l’homme, de petites sphères de quelques dizaines de nanomètres de diamètre. Ces particules, qui ressemblent à s’y méprendre à des bactéries, sont alors baptisées “nanobactéries”. Mais sont-elles réellement d’origine biologique ? Pas si sûr. L’Unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes (Urmite) s’intéresse rapidement à la question. “Le laboratoire s’est beaucoup impliqué dans l’isolement de nouveaux pathogènes. C’était donc un défi d’essayer de cultiver ces nanobactéries et de connaître leur nature”, explique Patricia Renesto, chercheuse dans l’unité.

Après les premiers essais de culture infructueux, les scientifiques reprennent leur étude à partir d’échantillons de nanobactéries fournis par Olavi Kajander. Les résultats sont sans appel. “Grâce à des techniques très performantes d’amplification et divers traitements chimiques, nous avons montré qu’il n’y avait absolument aucun acide nucléique – ni ARN ni ADN – dans les nanobactéries. Ce ne sont donc pas des êtres vivants. Le débat est définitivement clos”, affirme Patricia Renesto.

Mais s’il ne s’agit pas de bactéries, que se cache-t-il à l’intérieur de ces énigmatiques petites sphères ? “La sensibilité de ces structures aux ultraviolets ou à la trypsine – enzyme présente dans le suc pancréatique et qui permet de digérer les protéines – suggérait qu’il s’agissait d’un composant protéique. La spectrométrie de masse et le séquençage nous ont permis d’identifier une protéine du sérum sanguin (1): la fétuine”, poursuit Patricia Renesto.

Ces coques minérales renferment donc des protéines humaines. À l’image des prions (2), la fétuine existerait sous deux formes: une forme normale inoffensive et une forme anormale capable de d’accélérer la formation des cristaux de calcium, à l’origine des calculs rénaux notamment. “L’hypothèse d’un prion doit encore être vérifiée, nuance toutefois Patricia Renesto. Nous nous sommes juste autorisés à rebaptiser ces structures nanons car il ne s’agit définitivement pas de bactéries.”

Notes:

(1) Partie liquide du sang, constituée par le plasma débarrassé d’une certaine protéine, la fibrine.

(2) Agent infectieux dépourvu d’acide nucléique.