Le cannabis utilisé en médecine

Depuis 2017, un amendement à la loi sur les stupéfiants permet l’utilisation du cannabis en médecine dans des conditions strictes. Cela signifie que certains patients sélectionnés en Allemagne peuvent légalement acheter et utiliser du cannabis. Cependant, cela n’a pas grand chose à voir avec le cliché “fumer sur ordonnance”. Car de nombreuses études peuvent prouver le bénéfice scientifique de cette ancienne plante médicinale. Cet article explique quels sont les différents cannabinoïdes utilisés et comment ils affectent notre corps.

THC, CBD, cannabis : lequel est lequel ?

Les différents noms peuvent prêter à confusion. Le cannabis, ou chanvre, est une plante qui est cultivée depuis plusieurs milliers d’années. Déjà à l’époque, le cannabis était utilisé en médecine, entre autre pour les douleurs ou la diarrhée.

La plante de chanvre contient plusieurs cannabinoïdes. C’est le nom des substances chimiques, dont l’un des représentants le plus connus est le tétrahydrocannabinol (THC). La teneur en THC diffère d’une variété à l’autre, ce qui rend difficile le dosage exact.

Outre le THC, un autre cannabinoïde est important en médecine : le cannabidiol (CBD). Au total, il existe plus d’une centaine de cannabinoïdes différents, mais leur mode d’action exact n’est pas encore connu.

Comment les cannabinoïdes fonctionnent-ils ?

Notre système nerveux contient un grand nombre de récepteurs cannabinoïdes. On peut les imaginer comme des sites d’amarrage à la surface des cellules. Lorsque les substances messagères – dans ce cas les cannabinoïdes – atteignent les récepteurs, elles se connectent à la surface de la cellule (comme une clé avec une serrure) et activent la cellule nerveuse correspondante. Cela permet aux cannabinoïdes de déclencher un signal dans la cellule, qui conduit à une libération réduite du neurotransmetteur inhibiteur GABA. Ainsi, une deuxième cellule peut libérer plus de dopamine.

Cependant, ces récepteurs ne sont pas seulement utilisés par les cannabinoïdes fournis “de l’extérieur” ; les substances produites par le corps lui-même s’arriment également à ces récepteurs. Ces substances sont appelées endocannabinoïdes et ont diverses fonctions dans l’organisme. Elles sont impliquées dans la régulation immunitaire et la régulation de la douleur dans le cerveau. À cette fin, elles peuvent s’arrimer à différents récepteurs dans le corps.

Tout comme les endocannabinoïdes, le THC peut agir à de nombreux endroits différents dans l’organisme. En attendant, elle reprend la fonction de ces substances naturelles.

Comment le THC affecte-t-il l’organisme ?

L’effet du THC sur le cerveau est contrôlé par les récepteurs cannabinoïdes. Si le cannabis est utilisé comme une drogue (sous forme de marijuana ou de haschisch), les cannabinoïdes ne sont pas encore présents sous leur forme active. Ce n’est qu’une fois chauffée qu’a lieu la décarboxylation (séparation d’une molécule de carbone) et donc la transformation en THC psychogéniquement actif.

Cela “favorise” la libération de l’hormone du bonheur, la dopamine, dans le noyau accumbens (qui fait partie de notre système de récompense dans le cerveau). Les quantités élevées de dopamine expliquent l’effet euphorique de la drogue.

Le taux de principe actif du THC dans le sang est déterminant pour les différents effets. Alors que les applications par inhalation, comme fumer des fleurs de cannabis, produisent des niveaux élevés de 150-180 nanogrammes de THC par millilitre de sang, la médecine n’utilise pas de doses aussi élevées. La plupart des médicaments ont une teneur en THC d’environ 10 nanogrammes par millilitre. Cela est suffisant pour obtenir l’effet médical souhaité en terme de soulagement de la douleur, mais est trop faible pour obtenir un effet “élevé”.

Sous quelles formes le THC est-il présent en médecine ?

Dans le passé, les cannabinoïdes ne pouvaient être apportés à l’organisme que sous forme de haschisch (résine pressée de fleurs femelles) ou de marijuana (fleurs séchées). Le gros problème est la différence de teneur en THC, qui peut se situer entre 1 et 20 %. Cette large gamme et les éventuelles impuretés ont rendu cette forme de cannabis inutilisable pour la médecine pendant longtemps.

Aujourd’hui, il existe sur le marché plusieurs produits contenant du THC qui peuvent être achetés légalement sur ordonnance. Ils diffèrent tant par leur composition que par leur domaine d’application :

Dronabinol : est administré sous forme de gouttes huileuses. Le dronabinol est un cannabinoïde de synthèse qui peut aider à la perte d’appétit.

Canemes® : est une préparation entièrement synthétique dans laquelle le THC est utilisé sous forme de capsule pour les nausées chimiothérapeutiques.

Sativex® : Ce médicament est utilisé en spray buccal dans la sclérose en plaque. Le principe actif abiximol (un mélange de THC et de CBD) est extrait de la plante de cannabis.

Cannabis sur ordonnance : Depuis 2017, tous les médecins (à l’exception des dentistes et des vétérinaires) sont autorisés à prescrire des fleurs de cannabis pour une indication donnée. Le cannabis à usage médical est principalement importé du Canada et des Pays-Bas. Pour obtenir cet effet, les fleurs doivent être chauffées au préalable, par exemple dans un vaporisateur.

Huile de THC : des concentrations très élevées de THC peuvent être atteintes ici, par exemple une concentration de THC de 20 à 60 pour cent dans l’huile de hachage.

En théorie, il serait également possible de le préparer sous forme de thé. Cependant, en raison de la faible solubilité du THC dans l’eau, cela n’est pas possible. Les ingrédients actifs des fleurs de cannabis sont lipohil (qui aime la graisse), c’est pourquoi ils sont plus susceptibles d’être conservés dans l’huile.

Effets secondaires du THC

Les effets secondaires sont de nature particulièrement psychogène. Le mode d’action du cannabis n’ayant pas encore fait l’objet de recherches approfondies, il n’est pas encore possible de faire des déclarations fiables sur ses éventuels effets secondaires. Cependant, diverses études ont montré qu’une consommation précoce de cannabis augmente le risque d’un groupe de troubles mentaux, les troubles affectifs.

Dans le cas du trouble affectif, il y a des changements d’humeur et de conduite. Un exemple serait la récurrence des troubles bipolaires, dans lesquels les personnes affectées fluctuent entre des humeurs maniaques euphoriques et dépressives.

Des avantages du cannabis peuvent être observées:

Un grand avantage du dosage du cannabis est qu’il n’y a pas de récepteurs cannabinoïdes dans notre centre respiratoire et cardiovasculaire. Ainsi, une surdose de THC ne met pas la vie en danger, comme cela peut arriver avec d’autres médicaments contre la douleur : Par exemple, une overdose d’opioïdes ralentit le rythme cardiaque. En outre, le centre respiratoire est paralysé, de sorte que la personne concernée peut à peine respirer. De plus, les muscles peuvent littéralement se dissoudre et donc endommager les reins.

Un autre avantage du cannabis est la dépendance psychologique presque inexistante lorsqu’il est administré à faibles doses médicales.

Cannabis et conduite automobile : combien de temps le THC est-il détectable ?

Le THC ne peut être détecté dans le sang que pendant quelques heures car l’organisme le métabolise rapidement en divers métabolites (produits de dégradation). Cependant, ces métabolites de THC peuvent être détectés dans l’urine pendant plus de quelques heures, comme c’est le cas dans les tests de dépistage de drogues. C’est une méthode assez fiable pour détecter la drogue même quelques jours après la dernière consommation.

Et maintenant, qu’en est-il de l’aptitude à conduire ? En principe, la conduite sous l’influence du cannabis est une infraction pénale. Cela a soulevé la question de savoir si les patients à qui l’on prescrit du cannabis médical en raison de leur maladie sont autorisés à conduire. En avril 2017, le gouvernement allemand a décidé que les patients peuvent participer à la circulation routière s’ils ne sont pas limités dans leur capacité à conduire.

Conclusion : prometteur, mais certaines questions restent ouvertes

L’utilisation du cannabis en médecine n’en est encore qu’à ses débuts. Il existe encore trop peu d’études scientifiques dans ce domaine pour pouvoir se prononcer de manière fiable sur ses effets. Le cannabis n’est certainement pas une drogue miracle et son traitement nécessite toujours un questionnement critique. Toutefois, les cas individuels montrent des résultats prometteurs.