Qu’est-ce que le siècle des Lumières ?

Les Lumières sont un mouvement intellectuel, politique et idéologique qui est né dans l’Europe du XVIIIe siècle. Elle a caractérisé toute l’orientation culturelle du siècle lui-même et a été fondamentale parce qu’elle a déformé la pensée intellectuelle et pas seulement la pensée intellectuelle. Elle est née en France mais s’est rapidement répandue en Angleterre puis dans toute l’Europe, atteignant même l’Amérique du Nord.

Le mot Enlightenment (en français Lumières, en anglais Enlightenment) a pour but d’éclairer les esprits et le monde par la raison, pour enlever l’obscurité de la superstition et de l’ignorance.

Ce mouvement, fondamental pour la naissance de la culture moderne, part d’une idée de base. Les hommes peuvent se sauver non pas par le rôle de Dieu (et donc par la religion) mais par l’utilisation de la libre pensée.

La révolution des Lumières

Ce concept a été profondément révolutionnaire pendant une période, celle du XVIIIe siècle, dont on venait de sortir de l’ère de l’absolutisme. Les souverains ont donc exploité la religion pour imposer leur pouvoir. Le roi lui-même était considéré comme un descendant direct de Dieu.

Le XVIIe siècle a donc été, à bien des égards, un siècle plein de superstitions et de croyances qui n’avaient aucun fondement scientifique. A tout cela, les intellectuels ont réagi avec les Lumières, dans le but de créer une nouvelle façon de voir les choses uniquement par la raison.

D’un point de vue politique, les Lumières ont apporté des changements évidents. Pour la première fois, un mouvement a mis au centre l’individu, son besoin de liberté et la création de meilleures conditions de vie pour tous. Elle a également affirmé le concept d’égalité sociale et de souveraineté populaire, des questions qui allaient changer à jamais la destinée politique de l’Europe.

On associe le XVIIIe siècle au siècle des Lumières, car les mouvements : intellectuel, scientifique et culturel furent tels que les philosophes et les penseurs, avides de connaissances, de savoir, eurent l’idée de transmettre ces connaissances, d’éclairer l’humanité.

Les Lumières

Le père des Lumières peut être considéré comme John Locke (1632-1704). Il a été un philosophe anglais très important, créateur de l’empirisme ou de la théorie selon laquelle la connaissance dépend entièrement de l’expérience.

Selon lui, lorsqu’il faut savoir quelque chose, il est important de commencer par la pratique. Parce que c’est seulement par l’expérience que l’on peut comprendre la réalité. Outre Locke, Isaac Newton et David Hume sont d’autres grands intellectuels anglais qui ont inspiré le Siècle des Lumières.

La France

Leurs leçons sont ensuite reçues en France par certaines des figures qui deviennent les piliers de ce mouvement : Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot, Fontenelle, D’Alembert et d’autres intellectuels bourgeois qui se sont formés dans les salons littéraires de l’époque.

Avec ces grands exposants est née la figure de l’intellectuel au service de l’humanité. Par leurs travaux, ils entendaient diffuser les croyances des Lumières dans tous les domaines de la connaissance. De la politique à la science, ils diffusent des valeurs et des coutumes de manière à libérer la culture de la superstition et de l’ignorance.

Le but premier des Lumières était en effet de créer une culture ouverte à tous, au nom de l’autonomie de la raison. Surtout au nom de la confiance dans le progrès lié aux découvertes scientifiques.

L’encyclopédie

La rédaction d’une encyclopédie qui touche à toutes les connaissances et qui est réécrite selon les canons du Siècle des Lumières lui-même devient fondamentale. Ainsi est née l’Encyclopédie ou Dictionnaire des sciences, des arts et des métiers. Sous la direction de Denis Diderot pour la partie humaniste et de Jean D’Alembert pour la partie scientifique, le travail a tenté de dépasser les différences entre les différentes disciplines pour créer un savoir toujours ouvert à la technique. Pour former l’œuvre monumentale qu’était l’Encyclopédie, il y avait 17 volumes. Il a été publié entre 1751 et 1772.

Il est clair qu’en accordant beaucoup d’importance à la raison et en critiquant la religion et ses croyances, le Siècle des Lumières s’est heurté à l’Église. L’Église a inclus les œuvres des intellectuels dans l’index des livres interdits.

Les Lumières et l’Eglise

Même l’Encyclopédie a été sévèrement critiquée parce que l’Eglise était effrayée par la diffusion de ces nouvelles théories. En réalité, Voltaire a souvent affirmé que l’homme était naturellement prédisposé à la religion, ce qui a donné naissance à une nouvelle doctrine appelée déisme. Le déisme affirme l’existence de Dieu mais rejette toute autre forme de religiosité.

En Italie

Le Siècle des Lumières est un mouvement cosmopolite : il s’est rapidement répandu dans le Nord du monde. En Italie, nous nous souvenons de Pietro Verri (fondateur de la revue “Il Caffè”) et de Cesare Beccaria, qui ont écrit un traité sur la peine de mort et la torture (Dei delitti e delle pene). Il s’agissait là de thèmes véritablement novateurs pour l’époque.

Vers des révolutions

Les nouvelles idées de liberté, d’égalité et de fraternité se sont répandues avec beaucoup de succès parmi les intellectuels. Ces nouvelles idées ont tellement ouvert les esprits qu’elles ont conduit au déclenchement de la guerre d’indépendance américaine (1785-1783) et de la Révolution française (1789-1799). Pour la première fois, le peuple a agi contre l’absolutisme et a réaffirmé ses droits à la liberté et à l’égalité.

Liberté, Égalité, Fraternité sont les mots qui composent une célèbre devise française de la période des Lumières et de la Révolution française. Elle est ensuite devenue la devise nationale de la République française.

Les Lumières peuvent donc être considérées comme un mouvement qui a révolutionné le monde, qui a apporté de grandes réalisations pour l’humanité (comme l’ont déclaré les grands philosophes allemands Marx et Hegel). Mais elle avait certainement ses limites. En particulier le fait que ces idées sont restées fermes pour les intellectuels bourgeois sans l’implication de toute la population.

Combats des Lumières

Les partisans des Lumières sont les acteurs de nombreux combats nés de “l’usage public de sa raison dans tous les domaines”. Les “Causes Célèbres” ont permis une mise en perspective des lois et des coutumes d’Europe, ont ainsi opéré une révolution sociologique et ouvert la brèche à l’anthropologie politique. Le dépaysement est central dans cette démarche et le Persan et ses avatars – l’espion chinois, juif ou turc, peut apparaître comme un symbole de cet effort de tolérance.

Les philosophes ne se contentent pas d’écrire. Ils se mettent aussi personnellement en cause, au risque d’être arrêtés, emprisonnés. Diderot et D’Alembert consacrent plus de vingt ans de leur vie à la publication de l’Encyclopédie, énorme dictionnaire de 28 volumes dont 11 volumes d’illustrations consacré à toutes les formes de la connaissance et des sciences. Tous les écrivains et les savants du siècle participent à la rédaction des articles de l’Encyclopédie, dont la publication s’étend de 1751 à 1772. Accusé de propager des idées dangereuses, Diderot est emprisonné pendant plusieurs mois. Cependant la vraie volonté de Diderot et de tous les écrivains de l’Encyclopédie était de se battre contre ce qu’ils appelaient l’Obscurantisme religieux. On oppose ainsi les Lumières à l’obscurantisme, ou le manque de culture, de savoir. La lumière permet de lutter contre l’obscurantisme c’est-à-dire la bêtise et l’ignorance qui rendent intolérants. C’est un âpre combat : Voltaire connaît l’exil et la prison. Montesquieu doit faire imprimer les lettres persanes en Hollande pour déjouer la censure. Ce combat est cependant jugé indispensable. Kant ordonne : “ose savoir”. On promeut l’idée selon laquelle seule la connaissance permet de juger d’une situation en adulte sans obéir aveuglément aux tutelles que sont le roi, la religion, ou l’armée. Les travaux du juriste Beccaria, lui-même influencé par Montesquieu, trouvent leur retentissement dans les affaires Calas et Sirven, où sont affirmées la nécessaire abolition de la question et les limites du pouvoir exécutif. Le procès du chevalier de la Barre inspire à nombre de penseurs une réflexion sur la liberté de conscience. Leur but est avant tout de “sortir les Hommes des ténèbres de leur temps” et “d’Éclairer toute chose à la lumière de la raison”.

Sciences et savants à l’âge des Lumières

La France possède de nombreux philosophes et écrivains des Lumières, notamment Montesquieu, Voltaire, Diderot, Beaumarchais, Rousseau et D’Alembert.

L’époque des Lumières fut aussi celle de Bernoulli, Euler, Laplace, Lagrange, Monge, Condorcet, D’Alembert et Émilie du Châtelet en mathématiques, en physique générale et en astronomie. La compréhension du phénomène physique de l’électricité est amorcée en particulier par les travaux de Cavendish, Coulomb, Louis Sébastien Jacquet de Malzet et Volta. Lavoisier pose les fondements de la chimie moderne.

Des savants naturalistes comme Linné, Réaumur, Buffon, Jussieu, Lamarck incarnent l’esprit des Lumières dans le domaine des sciences relevant de l’histoire naturelle dans toute son étendue.

Des espaces publics critiques

À la faveur de ces évolutions apparaissent des espaces nouveaux où se diffusent les Lumières, entretenues par relations privées et quelquefois par le mécénat d’État. L’Europe des Lumières a ainsi ses lieux privilégiés : cénacles des grandes villes thermales, cours des capitales européennes, chambres de lectures, théâtres, opéras, cabinets de curiosités, salons littéraires et salons artistiques, voire salons de physique à l’instar de celui animé par l’abbé Nollet, Académies, loges maçonniques, cafés mondains, clubs politiques à l’anglaise. Dans ces cadres nouveaux ou renouvelés, les gens de lettres prennent le pouvoir de la critique et font vivre débats esthétiques, querelles littéraires, réflexions politiques. Ces lieux où se croisent les anciennes et les nouvelles élites, les artistes sans fortune et leurs mécènes, les agents de l’État et les aventuriers, sont le creuset d’une communauté cosmopolite et hétérogène, faite d’entre soi et d’exclusion. Ils participent à l’affirmation d’une “sphère publique bourgeoise”, faite d’affrontements et de spectacles, où se déroulent, et plus particulièrement dans la seconde moitié du xviiie siècle, les grandes affaires et les “causes célèbres” (Mémoire judiciaire) prérévolutionnaires. Dans ces nouveaux espaces de liberté se manifeste un véritable engouement pour les affaires européennes et se développe l’anglomanie.

Dans le cadre français, les Lumières voient basculer dans les années 1750 leur centre de gravité de Versailles à Paris qui apparaît comme la nouvelle capitale intellectuelle et artistique, comme une capitale des Lumières. Ce brassage implique une redéfinition sociale de l’écrivain.

Le phénomène se développe également en province, où magistrats et érudits locaux, gagnés par les Lumières, forment une classe sociale dirigeante aux nouvelles préoccupation.

Académies et sociétés littéraires

Quoique l’histoire des académies en France au siècle des Lumières remonte à la fondation à Caen de l’Académie de physique de Caen, en 1662, c’est l’Académie des sciences fondée en 1666, étroitement liée à l’État français et agissant comme l’extension d’un gouvernement en sérieux manque de scientifiques, qui a contribué à promouvoir et à organiser de nouvelles disciplines, en formant de nouveaux scientifiques et en contribuant à l’amélioration du statut des scientifiques sociaux qu’elle considérait comme “les plus utiles de tous les citoyens”. Les Académies démontrent à la fois l’intérêt croissant pour la science ainsi que sa laïcisation accrue, comme en témoigne le petit nombre d’ecclésiastiques qui y appartenaient (13 %)30.

En dépit de l’origine bourgeoise de la majorité des académiciens, cette institution était uniquement réservée aux élites scientifiques, qui se voyaient en “interprètes de la science pour le peuple”. C’est par exemple dans cet esprit que l’Académie entreprit de réfuter le magnétisme animal, pseudo-science qui inspire alors un enthousiasme populaire.

L’argument le plus fort en faveur de l’appartenance des académies à la sphère publique vient des concours qu’elles ont parrainés dans toute la France. Comme l’a fait valoir Jeremy L. Caradonna dans un récent article paru dans les Annales, “Prendre part au siècle des Lumières : le concours académique et la culture intellectuelle au xviiie siècle”, ces concours étaient peut-être la plus publique de toutes les institutions du siècle des Lumières. L’Académie française a remis au goût du jour une pratique médiévale en relançant les concours publics au milieu du xviie siècle. Vers 1725, le sujet des essais, de la poésie ou la peinture qui tournait jusque-là autour de la religion et/ou la monarchie, s’est radicalement élargi et diversifié pour inclure la propagande royale, les batailles philosophiques et les réflexions critiques sur les institutions sociales et politiques de l’Ancien Régime. Caradonna montre que les sujets controversés n’étaient pas toujours évités en citant les théories de Newton et de Descartes, la traite négrière, l’éducation des femmes, et de la justice en France comme exemples. L’ouverture à tous des concours et l’anonymat obligatoire des soumissions garantissaient l’impartialité du jugement eu égard au sexe et au rang social des candidats. En dépit de l’appartenance de la « vaste majorité » des participants aux couches les plus riches de la société (« les arts libéraux, le clergé, la magistrature et la profession médicale »), il existe des cas de membres de la classe populaire à avoir soumis des essais et même à les avoir remportés.

Un nombre important de femmes a également participé – et remporté – des concours. Sur un total de 2 300 concours dotés de prix proposés en France, les femmes en ont remporté 49, la majorité à des concours de poésie. Ce chiffre est certes faible par rapport aux normes modernes, mais très important à une époque où la plupart des femmes ne recevaient pas de formation scolaire avancée sauf, justement, dans un genre comme la poésie.

En Angleterre, la Royal Society de Londres a également joué un rôle important dans la sphère publique et la propagation des idées des Lumières en agissant comme centre d’échange pour la correspondance et les échanges intellectuels et jouant, en particulier, un rôle important dans la propagation à travers l’Europe de la philosophie expérimentale de Robert Boyle qui, comme l’ont fait valoir Steven Shapin et Simon Schaffer, était “l’un des fondateurs du monde expérimental dans lequel vivent et fonctionnent aujourd’hui les scientifiques”. La méthode de Boyle basée sur la connaissance et sur l’expérimentation ayant besoin de témoins pour assurer sa légitimité empirique, la Royal Society a joué un rôle avec ses salles d’assemblée qui constituaient des endroits idéaux pour des manifestations relativement publiques nécessaire à cet “acte collectif” de témoignage. Tous les témoins n’étaient pourtant pas jugés crédibles : “Les professeurs d’Oxford étaient considérés plus fiables que les paysans de l’Oxfordshire”. Deux facteurs étaient pris en compte : la connaissance d’un témoin dans la région et la “constitution morale” du témoin. En d’autres termes, seule la société civile était prise en considération pour le public de Boyle.

Franc-maçonnerie et Lumières

La fondation officielle de la franc-maçonnerie remonte à 1717, lorsque Jean Théophile Désaguliers, James Anderson et quelques autres francs-maçons créèrent la Grande Loge de Londres. Désaguliers fut inspiré par son ami Isaac Newton qu’il avait rencontré à la Royal Society. On considère généralement que cet événement marque le début de la maçonnerie spéculative.

La franc-maçonnerie arrive officiellement sur le continent européen en 1734, avec l’ouverture d’une loge à La Haye. La première loge pleinement fonctionnelle paraît cependant avoir existé depuis 1721 à Rotterdam. De même, des traces de la réunion d’une loge à Paris en 1725 ou 1726 ont été retrouvées. Comme l’écrit Daniel Roche, en 1789, la franc-maçonnerie était particulièrement répandue en France qui ne comptait alors peut-être pas moins de 100 000 francs-maçons, ce qui en ferait la plus populaire de toutes les associations des Lumières. La franc-maçonnerie ne semble cependant pas avoir été confinée à l’Europe occidentale ; Margaret Jacob a retrouvé l’existence de loges en Saxe en 1729 et en Russie en 173139.

En dépit de ces preuves d’existence, la contribution ou même le rôle de la franc-maçonnerie comme facteur principal dans les Lumières a néanmoins fait récemment l’objet de débats parmi les historiens. Certes des figures majeures des Lumières, comme Montesquieu, Voltaire, Pope, Horace et Robert Walpole, Mozart, Goethe, Frédéric le Grand, Benjamin Franklin et George Washington étaient francs-maçons, mais des historiens comme Robert Palmer Roswell ont conclu que même en France, les francs-maçons, qui n’ont pas agi en groupe, étaient politiquement “inoffensifs voire ridicules”. les historiens américains ont effectivement noté que Franklin et Washington étaient bien actifs dans la franc-maçonnerie, mais ils ont minimisé l’importance, à l’époque de la Révolution américaine, de ce mouvement apolitique qui comprenait aussi bien des Patriots que des Loyalistes.

En ce qui concerne l’influence de la franc-maçonnerie sur le continent européen, l’historien allemand Reinhart Koselleck a affirmé que “Sur le continent, il y avait deux structures sociales qui ont laissé une empreinte décisive sur les Lumières : la République des Lettres et les loges maçonniques”, tandis que Thomas Munck, professeur à l’université de Glasgow, a fait valoir que “bien que les francs-maçons aient favorisé les contacts internationaux et intersociaux essentiellement non-religieux et ce, largement en accord avec les valeurs des Lumières, on ne peut guère les décrire comme un important réseau radical ou réformiste en propre”.

Les loges maçonniques anglaises et écossaises originaires des guildes de compagnons du xviie siècle, se sont élargies à divers degrés, au xviiie siècle, dans un vaste ensemble d’associations interconnectées d’hommes, et parfois de femmes. Margaret Jacob affirme que celles-ci disposaient de leur propre mythologie et de codes de conduite spéciaux comprenant une même compréhension des notions de liberté et d’égalité héritées de la sociabilité des guildes : “liberté, fraternité et égalité” La remarquable similitude de ces valeurs, généralement communes à la Grande-Bretagne et au continent, avec le slogan de la Révolution française de “Liberté, égalité, fraternité” a donné naissance à de nombreuses théories du complot. L’abbé Barruel a notamment fait remonter les origines des Jacobins et, partant, de la Révolution, aux francs-maçons français dans son Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (Londres, Ph. le Boussonnier ; Hambourg, P. Fauche 1797-98).

Il est probable que les loges maçonniques ont eu un effet, hormis les théories du complot, sur la société dans son ensemble. Giuseppe Giarrizzo a souligné le rapport étroit entre francs-maçons et Lumières. Jacob fait valoir que les loges maçonniques ont « reconstitué la vie politique et instauré une forme constitutionnelle d’autonomie gouvernementale, avec ses constitutions, ses lois, ses élections et ses représentants ». En d’autres termes, les micro-sociétés mises en place dans les loges ont constitué un modèle normatif pour la société dans son ensemble. Ceci était particulièrement vrai sur le continent : lorsque les premières loges ont commencé à apparaître dans les années 1730, leur incarnation des valeurs britanniques a souvent été perçue comme une menace par les autorités gouvernementales locales. Par exemple, la loge parisienne qui s’est réunie au milieu des années 1720 se composait d’exilés jacobites anglais. Les francs-maçons de toute l’Europe du xviiie siècle faisaient, en outre, référence aux Lumières en général. Le rite d’initiation des loges françaises citait ainsi explicitement les Lumières. Les loges britanniques se fixaient comme objectif d’”initier ceux qui ne sont pas éclairés”, ce qui ne représente pas nécessairement un lien entre les loges et l’irréligion, mais ne les excluent pas non plus à l’occasion de l’hérésie. Beaucoup de loges rendaient en fait hommage au « Grand Architecte », le terme de la phraséologie maçonnique pour désigner le créateur divin d’un univers scientifiquement ordonné. Daniel Roche conteste néanmoins les revendications égalitaristes de la franc-maçonnerie : « l’égalité réelle des loges était élitiste », n’attirant que les personnes de milieux sociaux similaires. Cette absence de véritable égalité a été rendue explicite par la constitution de la loge de Lausanne en Suisse (1741) :

“L’ordre des francs-maçons est une société de confraternité et d’égalité représentée, à cette fin, sous l’emblème d’un niveau … un frère rend à un autre frère l’honneur et la déférence qui lui sont dus à juste titre à mesure de son rang dans la société civile.”

L’élitisme a profité à certains membres de la société. La présence, par exemple, de femmes nobles dans les “loges d’adoption” françaises qui se sont formées dans les années 1780 est due en grande partie aux liens étroits entre ces loges et la société aristocratique.

Les Lumières se sont pensées comme un mouvement de l’Europe, international et si le français qui a détrôné le latin comme langue universelle semble s’imposer comme le langage par excellence de la nouvelle République des Lettres, l’homme des Lumières est avant tout un cosmopolite, un citoyen du monde quand il n’est pas un apatride.

Les philosophes de Lumières sont ouverts au monde et sont pour toute forme de libération. Tous les philosophes des Lumières cherchent à libérer les hommes de toutes croyances et superstitions. Mais l’idée philosophique a touché peu de monde car peu de personnes savaient lire. Ils ont tout de même réussi à modifier les idées reçues.