Zoom : l’affaire Hwang

Le chercheur sud-coréen, convaincu de fraude en 2005, aurait obtenu des cellules souches embryonnaires humaines par parthénogenèse et non par clonage.

Le 12 mars 2004, le professeur Hwang Woo-suk et son équipe de l’université de Séoul signaient, sur le site de la prestigieuse revue américaine Science, une publication affirmant qu’ils avaient, pour la première fois au monde, conçu des embryons humains à partir de la technique du clonage par transfert de noyau cellulaire. Ils ajoutaient avoir pu créer, à partir d’un embryon cloné, une lignée de cellules souches embryonnaires. Ce fut alors un coup de tonnerre dans le monde scientifique et l’assurance d’un prochain eldorado thérapeutique. Le clonage thérapeutique est en effet l’objet de toutes les convoitise. Il permettrait de s’affranchir des dons d’organe pour une grande partie de ses besoins. Il permettrait aussi une chirurgie réparatrice beaucoup plus puissante.

Alors quand il annonça, en mai 2005, toujours dans Science, avoir amplement progressé dans la production de lignées de cellules souches à partir d’embryons clonés, on alla jusqu’à voir en cet universitaire de formation vétérinaire un prochain prix Nobel de médecine et de physiologie. Le vent devait toutefois rapidement tourner.

Il y eut tout d’abord l’étonnante dénonciation de certains agissements contraires à l’éthique du professeur Hwang, formulée par Gerald Schatten (université de Pittsburgh), pourtant cosignataire de la publication de mai 2005. Il y eut ensuite une série d’enquêtes scientifiques et la rétractation des deux publications par Science.

On expliqua alors que le biologiste sud-coréen avait menti sur tout ou presque. Il n’aurait ni créé d’embryon humain par clonage ni, a fortiori, obtenu, à partir de ces derniers, de lignées de cellules souches embryonnaires.

Ce fut l’un des plus grands scandale scientifique de ces dernières années.

La vérité est peut-être plus complexe. Selon les travaux menés par un groupe dirigé par les docteurs Kitai Kim et George Q. Daley (Harvard Stem Cell Institute, Boston), qui ont eu accès à la lignée cellulaire de l’équipe sud-coréenne, celle-ci aurait bel et bien obtenu in vitro des cellules souches embryonnaires humaines, mais pas par clonage. Ces cellules seraient issues de la parthénogenèse d’un ovocyte entier.

Ce phénomène, naturellement présent dans le règne végétal (ainsi que chez les nématodes, les reptiles, les insectes et certains poissons) permet d’obtenir un individu à partir d’un gamète femelle non fécondé. Chez les mammifères, on peut dans certaines conditions de stimulation des ovocytes, obtenir un début de développement parthénogénétique, mais les embryons ainsi créés ne sont pas viables. ” Nous savons désormais que les cellules souches dérivées prétendument d’un embryon humain cloné par Hwang Woo-suk provenaient en fait d’un ovule de la femme qui l’avait donné “, précise le docteur Daley.

“Ce travail est extrêmement intéressant pour comprendre la genèse de la fraude de Hwang, explique le biologiste Marc Peschanski (Inserm, I-Stem). Il faut se souvenir qu’il avait réalisé sa première lignée en introduisant le noyau d’une cellule somatique dans un ovocyte énucléé provenant de la même femme. Ce protocole rendait difficile la distinction entre clonage et parthénogenèse. Si Hwang s’était arrêté là, on n’aurait pas parlé de fraude mais d’erreur, ce qui aurait été très différent. Après, tout a dérapé, et Hwang est “devenu” un fraudeur, ce qui reste clairement inexcusable.”